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Ammar Hadj Messaoud, Ing.; M.SC.

L’entreprise ou l’institution anti-fragile

La théorie du cygne noir (the black swan) ou théorie des événements cygne noir, développée par le statisticien Nassim Nicholas Taleb, est une théorie selon laquelle on appelle cygne noir un certain événement imprévisible qui a une faible probabilité de se dérouler (appelé « événement rare »). En principe toute entreprise ou institution doit profiter du cygne noir pour devenir encore plus forte, elle devient anti-fragile.

Les entreprises et les institutions doivent bénéficier des chocs. Elles prospèrent et grandissent lorsqu’elles sont exposées à la volatilité, au hasard, au désordre et aux facteurs de stress et aiment l’aventure, le risque et l’incertitude. Pourtant, malgré l’omniprésence du phénomène, il n’y a pas de mot pour exprimer exactement le contraire de fragile. Appelons cela anti-fragile.

L’anti-fragilité dépasse la résilience ou la robustesse. Le résilient résiste aux chocs et reste le même, mais l’anti-fragile s’améliore. Cette propriété est derrière tout ce qui a changé avec le temps : évolution, culture, idées, révolutions, systèmes politiques, innovation technologique, réussite culturelle et économique, survie des entreprises, l’essor des villes, des cultures, des systèmes juridiques…, même notre propre existence en tant qu’espèce sur cette planète. Et l’anti-fragilité détermine la frontière entre ce qui est vivant et organique (ou complexe), c’est-à-dire  le corps humain, et ce qui est inerte, un objet physique c’est-à-dire un accessoire.

L’anti-fragile aime le hasard et l’incertitude, ce qui signifie aussi – et surtout – un amour des erreurs, une certaine classe d’erreurs. L’anti-fragilité a la propriété singulière de nous permettre de faire face à l’inconnu, de faire les choses sans les comprendre et de bien les faire. Permettez-moi d’être plus agressif : nous sommes largement meilleurs à faire qu’à penser, grâce à l’anti-fragilité. Je préfère être muet et anti-fragile qu’extrêmement intelligent et fragile, à tout moment.

Il est facile de voir autour de nous des choses qui aiment une mesure des facteurs de stress et de la volatilité comme les systèmes économiques. L’anti-fragilité nous fait mieux comprendre la fragilité. Tout comme nous ne pouvons pas améliorer la santé sans réduire la maladie ou augmenter la richesse sans d’abord diminuer les pertes, l’anti-fragilité et la fragilité sont des degrés sur un spectre.

Si l’anti-fragilité est la propriété de tous ces systèmes naturels (et complexes) qui ont survécu, priver ces systèmes de volatilité, d’aléa et de facteurs de stress leur nuira. Ils vont s’affaiblir, mourir ou exploser. Nous fragilisons l’économie, notre santé, la vie politique, l’éducation, presque tout… en supprimant le hasard et la volatilité. Tout comme passer un mois au lit conduit à une atrophie musculaire, les systèmes complexes sont affaiblis, voire tués, lorsqu’ils sont privés de facteurs de stress. Une grande partie de notre monde moderne et structuré nous a fait du mal avec des politiques descendantes (Top-Down) et des bidules ou choses qui font précisément cela : une insulte à l’anti-fragilité des systèmes. C’est la tragédie de la modernité,  comme avec les parents neurotiquement surprotecteurs, ceux qui essaient d’aider nous font souvent le plus mal.

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