SCIQUOM   I  IDEEFORCE         

     

Le répertoire d'idées permettant d'exploiter la pleine puissance de l'information et de la connaissance dans le management des opérations industrielles et institutionnelles


Ammar Hadj Messaoud, Ing.; M.SC.

Gouverner Sans Science ni Conscience

Juste après l’intervention de Monsieur Tebboune sur le covid-19, la télévision algérienne (ENTV) organise une table ronde avec des « foukahas » qui sont les gardiens du temple du charlatanisme et de l’ignorance. Rabelais avait dit  « science sans conscience n’est que la ruine de l’âme », nos « foukahas » ou « oulémas » n’ont ni la science ni la conscience qui ne peut engendrer que la ruine de l’esprit et du développement humain, la déchéance d’un pays.

Peut-on parler de la science de l’expérience de la conscience?  C’est une représentation tout à fait naturelle de penser qu’en philosophie, avant d’aborder la chose même qui l’occupe, savoir, la connaissance effective de ce qui est en vérité, il est nécessaire de s’accorder préalablement sur la connaissance que l’on considère comme l’outil qui permettrait de s’emparer de l’absolu, ou comme l’élément intermédiaire à travers lequel on puisse l’apercevoir. Il semble légitime de s’inquiéter, d’une part, de ce qu’il pourrait y avoir diverses espèces de connaissance, et, parmi celles-ci, une espèce plus idoine qu’une autre à parvenir à cette fin ultime —qu’on pourrait donc faire le mauvais choix entre celles-ci —, et d’autre part aussi de redouter, dès lors que la connaissance est une faculté d’une espèce et d’une portée déterminée, que faute d’une détermination plus précise de sa nature et de sa limite, on appréhende, non le ciel de la vérité, mais les nuages de l’erreur. Souci qui, sans doute, ne peut faire autrement qu’évoluer en la conviction que toute la démarche initiale dans laquelle on commence à faire, par la connaissance, l’acquisition pour la conscience de ce qui est en soi, est dans son concept même une absurdité, et qu’entre la connaissance et l’absolu, tombe une limite qui les sépare absolument. Si, en effet, la connaissance est l’outil qui permet de s’emparer de l’essence absolue, il est immédiatement évident que l’application d’un outil à une chose ne laissera pas celle-ci telle qu’elle est pour soi, mais procédera au contraire sur elle à un façonnage et à une transformation. Ou alors, si la connaissance n’est pas un outil de notre activité, mais, dans une certaine mesure, un medium passif au travers duquel la lumière de la vérité parvient jusqu’à nous, nous ne recevrons pas non plus alors cette vérité telle qu’elle est en soi, mais telle qu’elle est par et dans ce medium. Dans l’un et l’autre cas, nous utilisons un moyen qui produit immédiatement le contraire de sa fin ; ou plus exactement, l’absurdité consiste en ceci, tout bonnement, que nous ayons recours à un moyen. Certes, il semble que l’on puisse remédier à cet inconvénient par la connaissance du mode d’efficience de cet outil, puisqu’elle permet de retrancher dans le résultat la part qui ressortit à l’outil dans la représentation que, grâce à lui, nous obtenons de l’absolu, et ainsi d’obtenir le vrai dans sa pureté. Simplement cette correction ne ferait en réalité que nous ramener au point où nous en étions auparavant. Si nous reprenons à une chose qui a été façonnée et modifiée ce que l’outil y a fait, cette chose — en l’espèce, l’absolu — se trouve alors de nouveau rigoureusement équivalente pour nous à ce qu’elle était avant que nous nous donnions cette peine, qui du coup est superflue. Si l’outil était purement et simplement censé rapprocher de nous l’absolu sans rien y changer, comme la glu le fait pour l’oiseau, il se pourrait bien alors que cet absolu, s’il n’était pas déjà et ne voulait pas déjà être en soi et pour soi chez nous, se raille de pareille ruse. Pour ces gens là (les foukahas et les oulémas) la connaissance en effet ne serait dans ce cas ni plus ni moins qu’une ruse. Puisqu’en multipliant tous ces efforts, elle se donnerait alors l’air de faire tout autre chose que produire seulement la relation immédiate et peu coûteuse en efforts. Ou encore, si, nous représentant la connaissance comme un medium, l’examen auquel nous la soumettons nous amène à découvrir la loi de sa réfraction, il ne nous servira pareillement à rien, dès lors, de déduire celle-ci du résultat, car ce n’est pas la réfraction du rayon, mais le rayon lui-même par lequel la vérité nous touche qui est la connaissance, et cette réfraction retranchée, nous n’aurions plus alors que l’indication de la pure direction, ou du lieu vide.

Si le souci du risque de tomber dans l’erreur introduit une méfiance envers la science qui se met à l’ouvrage proprement dit sans ce genre de scrupule, et connaît effectivement, on ne voit pas dès lors pourquoi on ne devrait pas introduire, à l’inverse, une méfiance à l’égard de cette méfiance, ni s’inquiéter que cette crainte de faire erreur ne soit déjà l’erreur elle-même. Et de fait, cette peur présuppose quelque chose, savoir, plusieurs choses comme autant de vérités, sur quoi elle étaye ses scrupules et ses conclusions, et ce sont ces choses elles-mêmes qu’il faut d’abord examiner pour savoir si elles sont la vérité. Elle présuppose en effet des représentations de la connaissance comme outil et medium, en même temps qu’une différence de nous-mêmes par rapport à cette connaissance ; mais elle présuppose en priorité que l’absolu se tienne d’un côté, et que de l’autre côté la connaissance soit pour soi-même, et séparément de l’absolu, quelque chose qui est cependant réel, ou encore, et par là même, que la connaissance, qui en étant hors de l’absolu se trouve bien aussi hors de la vérité, soit cependant véritable ; supposition par laquelle ce qui s’appelle peur de l’erreur s’avère plutôt être peur de la vérité.

Cela résulte de ce que l’absolu seul est vrai, ou de ce que seul le vrai est l’absolu. On peut la refuser en faisant cette différence qu’une connaissance qui certes ne connaît pas l’absolu comme la science le veut, peut néanmoins également être vraie ; et que la connaissance en général, quand bien même elle est incapable de saisir l’absolu, peut cependant être capable d’une autre vérité. Mais nous voyons très précisément que ce genre de discussion à l’envi revient à établir une différence peu claire entre un Vrai absolu et un autre genre de Vrai, et que l’absolu, la connaissance, etc., sont des mots qui présupposent une signification à laquelle il faut d’abord parvenir. On a fermé la porte à « cette signification » depuis le 13ème siècle dont la conséquence est cette « ignorance ténébreuse » que nous subissons  aujourd’hui.

2 réponses à Gouverner Sans Science ni Conscience

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *