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Le répertoire d'idées permettant d'exploiter la pleine puissance de l'information et de la connaissance dans le management des opérations industrielles et institutionnelles


Ammar Hadj Messaoud, Ing.; M.SC.

La qualité de notre vie à l’avenir sera déterminée par la qualité de notre réflexion

L’évolution se mesure par la progression et non pas par le recul. Des erreurs peuvent être commises, mais il n’est pas possible de faire un pas négatif qui va consciemment à l’encontre de la direction de l’amélioration. L’évolution de la société va vers la perfection et l’imbrication de ses institutions et de ses concepts. Une fois mis en place, ceux-ci ont un élan qui leur est propre et, dans l’interaction de leurs actions, ils deviennent intégrés dans un tout intégral stable.

Le dinosaure était une créature remarquablement réussie. L’homme n’existe que depuis une dizaine de millions d’années mais le dinosaure a survécu pendant cent trente millions d’années. Ainsi, lorsque nous considérons le dinosaure comme un échec classique d’adaptation, nous regardons le moment de l’échec plutôt que les nombreuses années de succès. Jusqu’au moment de l’échec, le dinosaure était un succès. Mais la satisfaction rétrospective du succès n’était pas une protection contre l’extinction à l’avenir. De plus, jusqu’à la fin, les différentes parties du dinosaure remplissaient parfaitement leur fonction évoluée, c’est-à-dire le cœur, le cerveau, les muscles et les tendons fonctionnaient tous avec la même compétence que jamais. Ainsi, ni une histoire réussie ni une solidité physiologique n’étaient suffisantes pour garantir au dinosaure un avenir dans son état évolué. La seule qualité évolutive qu’il n’avait pas obtenue était celle de l’adaptation. Mais c’était son succès même sur cent trente millions d’années qui avait perfectionné sa structure.

Nous voyons donc que ni la décision consciente ni l’élan évolutif ne peuvent permettre à la société de s’éloigner de la direction qui s’est imposée dans le passé dans des circonstances peut-être assez différentes. Ce n’est pas un échec d’intelligence ou de bon sens. Ce n’est pas non plus une faiblesse ou un dysfonctionnement des institutions qui, comme les os et les muscles des dinosaures, constituent l’ensemble.

Nous ne sommes pas sûrs du changement précis de circonstances qui a mis fin au succès du dinosaure. Il peut y avoir eu un changement majeur ou un changement mineur mais vital ou une série de petits changements dont chacun était sans importance en soi mais qui, pris ensemble, ont tué le dinosaure. Très probablement, le dinosaure était conscient des changements mais incapable de faire quoi que ce soit pour y remédier car il était enfermé dans son état évolutif perfectionné.

Nous connaissons cependant les changements de circonstances auxquels la société est confrontée aujourd’hui. Ce sont des changements de puissance, de vitesse et d’ampleur. Nous devons faire face plus rapidement que jamais et à des problèmes beaucoup plus grands et d’un ordre de complexité bien plus grand que jamais. Dans le même temps, les erreurs peuvent être fatales. Nous avons moins de temps pour prendre des décisions et moins de temps pour nous débrouiller dans le changement par essais et erreurs.

Fondamentalement, le problème est un problème de complexité. Les changements dans la technologie de la communication augmentent la complexité en permettant le développement de boucles de rétroaction. Les changements de pouvoir augmentent la complexité en étendant les ondulations des effets qui se propagent dans la société.

Nous ne pouvons pas compter sur les experts en informatique pour fournir les idées, car d’après mon expérience, elles sont – à quelques exceptions près – remarquablement peu imaginatives. Ce n’est pas une faute en soi, car dans un domaine en pleine expansion, une fausse orthodoxie se développe rapidement : «définir le problème, trouver la solution standard, l’appliquer». En substance, un expert en informatique laissé à lui-même concevrait une jambe informatisée ingénieuse plutôt que la roue.

Pouvons-nous alors nous attendre à ce qu’une combinaison de bonne volonté, d’intelligence, de capacité à résoudre des problèmes et d’ordinateur résoudra les problèmes auxquels l’homme est confronté aujourd’hui? À mon avis, la réponse est presque certainement négative. Nous n’avons pas manqué de bonne volonté, d’intelligence ou de capacité à résoudre des problèmes. Et tout ce que l’ordinateur fera, c’est d’en assurer l’exercice le plus efficace.

Le problème est que, comme la voiture sur la route et le dinosaure avec son anatomie, nous sommes enfermés dans des structures qui déterminent notre liberté d’action. Dans la pratique, ces structures sont les institutions dont nous disposons et, plus important encore, les concepts et les habitudes de pensée qui structurent notre esprit. D’une chose, nous pouvons être sûrs. La qualité de notre vie à l’avenir sera déterminée par la qualité de notre réflexion.

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